Oïkos : l’éco-construction, c’est pas la maison des 3 p’tits cochons

Oïkos : l'éco-construction, c’est pas la maison des 3 p'tits cochons

Installée à Meyzieu, l'association Oïkos constitue un pôle de ressources professionnelles dans l’éco-habitat. Créée il y a 20 ans par des artisans pionniers dans le domaine, le réseau a assisté ces dernières années à l’explosion médiatique du thème de l’écologie dans l’habitat, reconnu responsable pour un tiers du réchauffement planétaire. Face à une demande sociale en hausse mais encore hésitante à investir sur du moyen terme dans des solutions écologiques, le secteur de l’éco-habitat a un besoin urgent de former de nouveaux artisans et de continuer à sensibiliser un large public en faveur des économies d'énergies et des éco-matériaux.
Entretien avec Olivier Lesage, chef de projet et responsable de la communication Oikos.

Quelles étaient les motivations à l'origine d'Oïkos ?
Oïkos a été créée à l'initiative d'artisans passionnés par l'éco-construction, ce qui 20 ans en arrière, était à la fois novateur et marginal. Conscients avant l'heure des problématiques environnementales liées à l'habitat, ils ont donné à Oïkos une triple mission : informer, former et éduquer à l'éco-construction. Cette manière responsable de construire et de rénover connaît enfin aujourd'hui une certaine reconnaissance, avec une prise de conscience des enjeux environnementaux plus généralisée. Nous œuvrons pour un habitat performant d'un point de vue énergétique, c'est à dire un habitat qui n'a besoin que de très peu d'énergie pour se chauffer. Avec le prix de l'énergie qui augmente de façon exponentielle, il est plus que jamais nécessaire de réduire notre dépendance énergétique. Les économies d'énergies pour un habitat correctement isolé sont considérables et durables. Pour atteindre cet objectif, nous encourageons l'utilisation des matériaux écologiques, sain pour la santé, impactant le moins possible sur l'environnement et aussi plus efficace.

Quelles contraintes freinent le développement de l'éco-construction ?
La construction écologique nécessite souvent beaucoup plus de compétences théoriques et pratiques que pour la construction dîte « conventionnelle ». Un des enjeux majeurs concerne ainsi la formation des professionnels du bâtiment, de l'architecte à l'artisan. Pour initier un véritable changement dans le secteur de la construction, il faut que la volonté politique affichée dans les discours se traduise davantage dans les faits. Par exemple, le financement de formations à l'éco-construction pour les demandeurs d'emplois doit être facilité. Le deuxième frein, d'ailleurs lié au précédant, est que les matériaux écologiques souffrent encore à tord d'un déficit d'image auprès des professionnels comme auprès des particuliers. « C'est trop cher », « la paille, c'est pas solide », « le bois, ça brule »…, c'est le genre d'idées préconçues répandues. Une association comme la notre a besoin de plus de moyen pour mettre en place des campagnes de sensibilisation d'envergure. Enfin, les pouvoirs publics doivent inciter le développement des filières comme le chanvre, le bois ou la paille plutôt que de soutenir la filière du ciment. A plus long terme, la société civile doit réfléchir à l'habitat de demain, et intégrer les questions d'écologie, de mobilité, de convivialité et de proximité.

La mise en place de réglementations thermiques des bâtiments a-t-elle modifié vos missions ?
La réglementation fait avancer les solutions. Elle prévoit par exemple des objectifs de 50 kwh/m² et par an à ne pas dépasser sur les constructions neuves, et de 80 kwh/m²/an pour la rénovation. Or la moyenne nationale est de 200 kwh/m² par an, aujourd'hui. L'enjeu majeur se situe au niveau de la rénovation du parc existant. Les professionnels du bâtiment doivent être formés aux techniques particulières de l'éco-construction.

Quelles formations proposez-vous ?
Nous proposons des formations qualifiantes à l'attention de tout professionnel du bâtiment : artisans, architectes ou ingénieurs qui viennent compléter leur savoir-faire, se qualifier à l'éco-construction ou maîtriser de nouvelles techniques. Notre formation « Eco-habitat et performance énergétique » est dispensées par plus de 25 formateurs, chacun selon sa compétence et son expertise.

Quelles actions menez-vous en direction des particuliers ?
Nous effectuons un travail de sensibilisation auprès du grand public pour mieux faire connaître les enjeux et les possibilités de l'habitat écologique. Nous expliquons que pour un surcoût estimé à 10% environ, l'habitat écologique il est à mettre en rapport avec la qualité apportée avec une rentabilité à 10 ans. Pour les ménages portant un projet d’habitat durable, nous proposons un accompagnement technique et un annuaire de professionnels qualifiés. L'objectif est de donner des conseils techniques personnalisés pointus et indépendants, ce qui fait souvent défaut. Nous proposons également des ateliers auprès des scolaires : peintures écologiques, construction de cabanes.., mais aussi des week-end ateliers ou des chantiers participatifs pour les particuliers : faire un enduit terre-paille-chaux, pose d'isolants…

A côté de l’environnement, on entrevoit aussi le volet social et solidaire d’Oïkos…
Actuellement, bien se loger n'est pas accessible à tout le monde et à travers sa démarche, Oïkos plaide contre cette inégalité sociale. Les familles les moins solides financièrement sont souvent les plus mal logées. Elles vivent parfois dans de véritables « passoires thermiques » avec des charges dues au chauffage en constante augmentation. Le parc de logement social en France devrait faire l'objet d'un vaste programme de rénovation thermique. Ce programme aurait une dimension écologique, sociale, mais aussi économique car il créerait de nouveaux emplois dans toutes nos régions.

Contact :
Oikos – 19 rue Joseph Desbois – 69330 Meyzieu
Tél. 04 78 94 09 65
Mail

http://www.oikos-ecoconstruction.com